Dans une installation électrique résidentielle, l’interrupteur différentiel assure la protection différentielle d’un groupe de circuits. Chaque circuit est ensuite protégé individuellement par son propre disjoncteur.
Mais il n’est pas possible d’ajouter un nombre illimité de disjoncteurs derrière un même interrupteur différentiel. La NF C 15-100 fixe notamment des règles concernant le nombre de circuits et le dimensionnement de la protection différentielle.
Voici ce qu’il faut retenir.
À quoi sert l’interrupteur différentiel ?
L’interrupteur différentiel détecte les fuites de courant vers la terre susceptibles de présenter un danger pour les personnes.
Dans les installations domestiques, on utilise couramment des interrupteurs différentiels d’une sensibilité de 30 mA.
On retrouve par exemple :
interrupteur différentiel 40A 30mA type AC ;
interrupteur différentiel 63A 30mA type AC ;
interrupteur différentiel 40A 30mA type A ;
interrupteur différentiel 63A 30mA type A.
L’interrupteur différentiel ne doit pas être confondu avec le disjoncteur divisionnaire : les deux appareils ont des fonctions complémentaires.
Combien de disjoncteurs peut-on mettre derrière un interrupteur différentiel ?
La règle essentielle à retenir est simple :
Un interrupteur différentiel peut protéger au maximum 8 circuits.
En pratique, cela signifie qu’on installe jusqu’à 8 disjoncteurs divisionnaires en aval d’un même interrupteur différentiel lorsque chaque disjoncteur correspond à un circuit.
Cette limite concerne aussi bien un interrupteur différentiel 40A qu’un modèle 63A.
Interrupteur différentielNombre maximal de circuits
40A – 30mA8
63A – 30mA8
40A – 30mA type A8
63A – 30mA type A8
Choisir un interrupteur différentiel de 63A au lieu de 40A ne permet donc pas de passer de 8 à 10, 12 ou 16 circuits.
Le calibre et le nombre maximal de circuits sont deux critères différents.
Peut-on mettre 8 disjoncteurs derrière un différentiel 40A ?
Oui, mais pas automatiquement.
Le fait de respecter la limite de 8 circuits ne signifie pas que l’interrupteur différentiel est correctement dimensionné.
Il faut également vérifier son intensité nominale.
Un interrupteur différentiel 40A doit être dimensionné pour supporter le courant susceptible de le traverser.
Pour cela, le dimensionnement peut notamment être effectué selon la règle de l’amont ou la règle de l’aval, conformément aux prescriptions applicables.
La règle de l’amont
Avec la règle de l’amont, le calibre de l’interrupteur différentiel est choisi en fonction du dispositif de protection placé en amont.
En simplifiant, l’intensité nominale de l’interrupteur différentiel doit être supérieure ou égale au courant maximal susceptible d’être fourni par le dispositif situé en amont.
Par exemple, si le disjoncteur de branchement peut délivrer jusqu’à 60A, un interrupteur différentiel 63A permet de satisfaire cette condition, contrairement à un modèle 40A.
Cette méthode est souvent simple à appliquer.
La règle de l’aval
Il est également possible de dimensionner l’interrupteur différentiel en fonction des circuits qu’il alimente.
On tient alors compte des calibres des disjoncteurs placés en aval avec des coefficients de foisonnement prévus par les règles applicables.
Dans le cadre résidentiel, le principe couramment appliqué consiste à prendre :
100 % du calibre des circuits de chauffage électrique, chauffe-eau et recharge de véhicule électrique ;
et
50 % du calibre des autres circuits.
Le résultat obtenu doit rester compatible avec le calibre de l’interrupteur différentiel.
Exemple
Prenons une rangée comprenant :
CircuitDisjoncteur
Éclairage16A
Prises séjour20A
Prises chambres20A
Four20A
Lave-vaisselle20A
Chauffe-eau20A
Nous avons ici 6 circuits, donc nous sommes bien sous la limite de 8.
Mais il faut encore vérifier le dimensionnement du différentiel.
En appliquant l’exemple de calcul :
Chauffe-eau : 20A × 100 % = 20A
Les autres circuits :
(16 + 20 + 20 + 20 + 20) × 50 % = 48A
Total :
20 + 48 = 68A
Dans cette configuration théorique, un interrupteur différentiel 40A ne conviendrait donc pas selon la règle de l’aval, et même un 63A ne suffirait pas selon ce calcul : il faudrait repenser la répartition des circuits ou appliquer une méthode de dimensionnement appropriée à l’installation.
C’est un bon exemple montrant que « moins de 8 disjoncteurs » ne signifie pas automatiquement « installation correctement dimensionnée ».
40A ou 63A : le nombre de disjoncteurs change-t-il ?
Non.
C’est une confusion fréquente.
Un interrupteur différentiel 63A peut supporter une intensité nominale supérieure à celle d’un interrupteur différentiel 40A, mais cela ne signifie pas qu’il peut protéger davantage de circuits.
Dans les deux cas, la limite reste :
8 circuits maximum par interrupteur différentiel.
Le choix entre 40A et 63A dépend donc du dimensionnement électrique, et non du souhait d’ajouter davantage de circuits derrière le différentiel.
Peut-on mettre seulement 4 ou 5 disjoncteurs derrière un différentiel ?
Bien sûr.
8 circuits constitue une limite maximale, pas une obligation.
Il est parfaitement possible d'avoir :
3 disjoncteurs derrière un interrupteur différentiel ;
5 disjoncteurs derrière un autre ;
et 7 disjoncteurs derrière un troisième.
Il peut même être intéressant de ne pas remplir systématiquement chaque groupe au maximum afin de conserver de la place pour une évolution future du tableau.
Pourquoi répartir les circuits entre plusieurs différentiels ?
La répartition des circuits joue également un rôle dans le confort d'utilisation de l'installation.
Lorsqu'un interrupteur différentiel déclenche, tous les circuits situés en aval de celui-ci sont coupés.
Une bonne répartition permet donc d'éviter qu'un seul défaut ne prive une trop grande partie du logement d'électricité.
Par exemple, il peut être pertinent de répartir les circuits d’éclairage entre plusieurs protections différentielles plutôt que de placer tout l’éclairage du logement derrière le même appareil.
La même logique peut être appliquée à certains circuits de prises.
L'objectif est de conserver une installation à la fois sécurisée, organisée et pratique en cas de défaut.
Type A ou type AC : cela change-t-il le nombre de circuits ?
Non.
Qu'il s'agisse d'un interrupteur différentiel type A ou type AC, la limite du nombre de circuits reste la même.
En revanche, le type de différentiel doit être adapté aux circuits qu'il protège.
Le type A est notamment utilisé pour certains circuits pouvant produire des composantes continues pulsées, tandis que le type AC est adapté aux usages prévus pour ce type de dispositif.
Il faut donc vérifier la nature des circuits et les prescriptions applicables lors de la conception du tableau.
Peut-on installer 10 disjoncteurs derrière un interrupteur différentiel ?
Pour une installation résidentielle soumise aux règles évoquées ici, non si cela correspond à 10 circuits.
Si vous avez besoin de protéger 10 circuits, il faudra les répartir sur au moins deux interrupteurs différentiels.
Par exemple :
Interrupteur différentiel n°1 → 6 circuits
Interrupteur différentiel n°2 → 4 circuits
Cette solution respecte la limite de circuits tout en permettant une meilleure répartition de l'installation.
Et pour 16 disjoncteurs ?
Même principe.
Si les 16 disjoncteurs correspondent à 16 circuits, il faut prévoir au minimum deux interrupteurs différentiels, avec au maximum 8 circuits sous chacun d'eux.
Une répartition possible serait :
Protection différentielleNombre de circuits
Interrupteur différentiel n°18
Interrupteur différentiel n°28
Total16
Il faudra ensuite vérifier indépendamment le calibre, le type et le dimensionnement de chaque interrupteur différentiel.
Exemple d’organisation d’une rangée
Une organisation courante peut prendre cette forme :
Interrupteur différentiel 63A – 30mA
↓
Disjoncteur éclairage – 16A
Disjoncteur prises – 20A
Disjoncteur prises cuisine – 20A
Disjoncteur four – 20A
Disjoncteur lave-vaisselle – 20A
Disjoncteur VMC – 2A
Dans cet exemple, l’interrupteur différentiel protège 6 circuits.
Il reste donc sous la limite maximale de 8 circuits, sous réserve bien entendu que le dimensionnement de l’interrupteur différentiel et la répartition des circuits soient conformes.
Tableau récapitulatif
QuestionRéponse
Nombre maximal de circuits par interrupteur différentiel8
Un différentiel 40A peut-il protéger 8 circuits ?Oui, si son dimensionnement le permet
Un différentiel 63A peut-il protéger plus de 8 circuits ?Non
Peut-on mettre moins de 8 circuits ?Oui
10 circuits peuvent-ils être sous un seul différentiel ?Non
Type A ou AC change-t-il la limite ?Non
Faut-il vérifier le calibre en plus du nombre de circuits ?Oui
En résumé : combien de disjoncteurs derrière un interrupteur différentiel ?
La réponse à retenir est :
8 circuits maximum par interrupteur différentiel.
Mais cette règle ne suffit pas à elle seule pour concevoir correctement un tableau électrique.
Il faut également vérifier :
le calibre de l’interrupteur différentiel (40A, 63A…) ;
sa sensibilité, généralement 30mA pour les protections concernées en logement ;
son type (A, AC ou autre selon les besoins) ;
le dimensionnement par rapport aux circuits en aval ;
la bonne répartition des circuits entre les différentes protections différentielles.
Un tableau comportant seulement 6 ou 7 disjoncteurs derrière un différentiel peut donc être mal dimensionné, tandis qu'un tableau comportant 8 circuits peut parfaitement respecter les prescriptions si l'ensemble a été correctement conçu.
⚠️ Important : sécurité électrique
Toute intervention sur un tableau électrique présente des risques d’électrisation, d’électrocution et d’incendie. Avant toute intervention, assurez-vous que l’installation est mise en sécurité et respectez les prescriptions et réglementations applicables, notamment celles de la NF C 15-100, ainsi que les notices et recommandations des fabricants.
Les informations présentées dans cet article ont une vocation informative et ne remplacent pas l’intervention d’un professionnel. En cas de doute ou lorsque la nature des travaux l’exige, faites appel à un électricien qualifié.